Fermer

MultiBlogues

Pour ou contre la chasse ?

05.10.20

Chaque automne rallume la mèche. Qui est pour la chasse? Qui est contre? L’affaire opposerait entre autres, dit-on, ruraux et urbains. Dans le coin droit : « N’est-ce pas là l’occasion pour les citadins et les banlieusards de se reconnecter avec la nature? ». Dans le coin gauche : « N’est-ce pas là une pratique d’un autre temps, fort discutable au moment où les populations animales sont en chute libre? »

Petite précision rapide : je ne suis pas chasseur. Toutefois, je n’ai absolument rien contre ceux qui pratiquent la chasse. Il s’en trouve dans ma famille et dans mon cercle d’amis. Et je pense comprendre leurs motivations. Mais je peux tout aussi bien concevoir que de l’autre côté, on soit contre le fait de tuer des animaux.

Ici, comme en bien des domaines, rien n’est tout blanc ni tout noir.

Il faut d’abord réaliser qu’il existe toutes sortes de raisons de chasser et divers types de chasse : par exemple, la chasse de subsistance, celle pratiquée, avec une forte composante culturelle, par des membres des Premières Nations; ou la chasse récréative, celle des amateurs de grande nature, simplement désireux de s’y replonger, le temps d’une saison, pour raviver leurs sens émoussés.

Mais il y a aussi la quête de trophées – plus contestable et heureusement en voie de disparition – dont l’objet est de réussir à abattre une bête peu commune, spectaculaire ou dangereuse. On la pratique le plus souvent outre-mer, dans des contrées où les mesures de conservation sont moins strictes qu’en Amérique du Nord.
Car qui dit chasse dit proies : les types d’espèces et les manières dont les pays gèrent la récolte de gibier varient considérablement d’un endroit du monde à un autre. En France, selon l’Union internationale pour la conservation de la nature, près des deux tiers des 91 animaux qui y sont légalement chassables, comme le putois d’Europe ou le grand tétras, figurent sur la liste des espèces dont les populations sont en déclin dans l’Hexagone ou l’Union européenne. Il est en outre possible de chasser sur le territoire public français sur une longue période, soit de septembre à février selon les espèces – et pratiquement toute l’année en forêt privée.

En revanche, aux États-Unis, au Canada et au Québec, la gestion de la faune sauvage est plus serrée et fait davantage appel à la science. En Amérique du Nord, les seuils de récolte sont basés sur des inventaires à grande échelle et des suivis de populations sur de longues séries temporelles. Ces données, une fois compilées, servent à mieux comprendre les dynamiques des populations et à établir les quotas et les prises permises selon les espèces.
Sur la base de ces connaissances biologiques, on utilise même la chasse comme méthode de contrôle d’espèces jugées trop abondantes, par exemple l’oie des neiges ou, plus récemment, le dindon sauvage. Car une population hors de contrôle peut dégrader rapidement un milieu : pensons à ces cerfs de Virginie introduits sur l’île d’Anticosti qui, faute de prédateurs pour limiter la démographie galopante de l’espèce, ont prospéré et brouté tout ce qu’il y avait de vert et de tendre depuis leur arrivée sur l’île en 1896, bouleversant la forêt, l’appauvrissant jusqu’à la rendre méconnaissable.
Fait peu reconnu : au Québec et ailleurs en Amérique du Nord, les chasseurs contribuent bien souvent directement, par des dons, ou indirectement, par l’achat de permis annuels pour les espèces convoitées, à la réhabilitation et à la protection de centaines d’hectares de milieux naturels.

Rien n’est tout blanc ni tout noir, disions-nous. Il faut surtout saisir que la plus grande menace pour les espèces sauvages, ce n’est assurément pas la chasse. La disparition, la fragmentation et la dégradation des habitats à grande échelle : voilà le véritable péril en la demeure.

Commentaires

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *