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Jeunes et sciences : le pire n’est pas venu!

05.12.19

Mon œil, une série de billets signés Mathieu-Robert Sauvé


Dans une interview que j’ai accordée en 2015 à Mathieu Perreault, de La Presse, je me disais inquiet pour la culture scientifique des jeunes parce que les budgets dévolus aux animations dans les classes étaient en chute libre et que les enseignants étaient mal placés pour bien enseigner les mathématiques et les sciences. « Dans les écoles primaires et secondaires, la réforme instaurée depuis 2000 a fait reculer l’enseignement des sciences en nombre d’heures, en termes d’objectifs précis à atteindre et en matière d’évaluation des acquis », disais-je au journaliste.

Dans mon anticipation, je disais craindre les résultats du prochain Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA), un test international où on évalue les connaissances générales des écoliers âgés de 15 ans dans 79 pays. Géré par l’Organisation de coopération et de développement économiques, ce test donne la mesure de la culture scientifique moyenne des jeunes avec des questions sur les sciences et les mathématiques d’une part, la langue écrite d’autre part. Depuis l’apparition de ce test qui revient aux quatre ans, le Canada figure en haut du palmarès. Que dit le dernier PISA dont les résultats sont parus cette semaine? Que le Canada, champion du continent américain, est encore en tête de liste; il est sixième au monde (précédé de la Chine, Singapour, Macao, Hong Kong et l’Estonie). Le futurologue pessimiste en moi peut donc aller se rhabiller!

Les limites du PISA

Tout n’est pas parfait dans ce genre de tests. Un des problèmes du système québécois est le fort taux de décrochage des jeunes; cette partie de la population est donc exclue de l’échantillonnage du PISA. De plus, il semble qu’on recrute les candidats dans des écoles fortes. Qu’en est-il des écoles de quartiers défavorisés et de certains groupes désavantagés? C’est ce que cherchera à savoir un groupe de chercheurs montréalais dans le cadre du programme « En avant math! » qui a obtenu 1 million sur trois ans du ministère des Finances du Québec. On aimerait aussi voir progresser le nombre de femmes qui poursuivent des études supérieures dans des domaines « traditionnellement masculins » comme l’informatique et le génie. Mais une réalité demeure : les Canadiens sont forts et le demeurent, peu importe les réformes qu’on leur fait subir.

Les sciences, c’est plaisant

Une des hypothèses qui pourrait expliquer cette excellente performance veut que les sciences soient associées, chez nous, à des loisirs plutôt qu’à des devoirs. En effet, le plaisir de consulter ses Explorateurs, Débrouillards et Curium, de se rendre plusieurs fois par an au Centre des sciences de Montréal, au Planétarium, à l’Insectarium ou au Biodôme, ferait en sorte que les observations des beautés de la nature auraient plus de prégnance que l’apprentissage en milieu scolaire.

Ne boudons donc pas notre fierté de voir nos ados dont on dit tant de mal atteindre les plus hauts sommets dans des secteurs d’avenir.


Journaliste et auteur, Mathieu-Robert Sauvé a signé des textes dans une quinzaine de publications dont L’actualité, Le Devoir, La Presse et Québec science et publié des essais et biographies chez Boréal, VLB, Québec Amérique, XYZ et MultiMondes. Il a remporté plusieurs prix de journalisme et d’écriture. Reporter à Forum de l’Université de Montréal depuis 1988 et rédacteur en chef du magazine Les diplômés, de 2015 à 2017, il a été chroniqueur scientifique aux émissions L’après-midi porte conseil, La nuit qui bat et Médium large à la Première chaîne de Radio-Canada, et blogueur à l’Agence Science-Presse. Il a présidé l’Association des communicateurs scientifiques du Québec de 2008 à 2012 et participé à de nombreux jurys.

Le nom de sa série de billets chez MultiBlogues, Mon œil, fait allusion à son regard sur l’actualité, mais c’est aussi l’expression du scepticisme nécessaire.

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