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L’activité humaine et la diversité génétique : une relation complexe

06.11.19

Un article d’Audrey-Maude Vézina


Le terme biodiversité réfère généralement au nombre d’espèces présentes dans un territoire. On oublie souvent la diversité génétique. Elle est pourtant essentielle, dans un monde qui change aussi rapidement que le nôtre, puisqu’elle permet l’adaptation aux perturbations.

Considérons une variation génétique qui permet de survivre à des températures élevées. Lors de grandes chaleurs, les individus avec la mutation bénéfique vont survivre et maintenir l’espèce. L’histoire serait différente si cette variation avait été perdue. L’espèce aurait bien pu disparaître. « La diversité génétique constitue une assurance que certains individus vont survivre advenant une perturbation », résume Chloé Debyser, étudiante à la maîtrise en biologie à l’université McGill. Elle fait partie d’une équipe de chercheurs qui ont étudié l’effet de l’activité humaine sur la diversité génétique des espèces.

Le rôle des humains

L’être humain peut perturber ces caractéristiques génétiques de plusieurs manières. Par exemple, l’urbanisation peut réduire la taille d’une population diminuant ainsi la diversité. L’activité humaine pourrait aussi avoir l’effet inverse par l’entremise d’un polluant qui augmenterait les taux de mutation.

Les biologistes ont tenté de trouver une relation entre l’humain et la diversité génétique. Pour ce faire, ils ont analysé la plus grande base de données génétiques, mais sans établir de causalité. « Les résultats n’étaient pas très concluants. Parfois, les effets n’étaient pas détectés. Et ceux qui l’étaient dépendaient de l’espèce, de l’échelle spatiale et de l’échelle temporelle », souligne l’étudiante.

Des résultats nuancés

L’étudiante avance deux hypothèses pour expliquer les résultats peu probants. D’abord, les chercheurs n’auraient pas observé une relation claire parce qu’elle n’existe tout simplement pas. Ce serait dépendant de l’échelle spatiale. Par exemple, la construction d’un stationnement pourrait réduire la diversité génétique d’une population locale en favorisant un trait spécifique. Seuls les individus avec la variation du gène survivraient et le reste des variations seraient perdues.

Mais d’autres perturbations ailleurs dans la ville pourraient favoriser des variations génétiques différentes. À cette échelle, on observerait une augmentation de la diversité. La diversité ne fait pas seulement référence au nombre de versions d’un même gène. Elle se rapporte aussi à leur fréquence. « Imaginons une population de départ avec une variation très commune et plusieurs autres qui le sont peu. Et qu’après une perturbation quelconque, on retrouvait seulement quatre ou cinq variations, mais en proportion égale à travers les individus. L’espèce aurait alors une diversité génétique supérieure à la population de départ », explique Chloé Debyser. Ce serait donc possible qu’une perte de diversité à l’échelle locale soit indétectable à l’échelle de la ville.

L’autre hypothèse de Chloé Debyser : le manque de données. « On a utilisé la plus grosse base de données, mais elle a des limites », prévient-elle. Malgré tout, les biologistes ont observé deux effets. La densité humaine influence la diversité génétique des insectes, et l’utilisation des sols affecte les poissons. L’étudiante soutient que ça nécessite de s’y pencher davantage. « Notre publication sert d’appel à la communauté scientifique. Plus on comprend nos effets sur les milieux naturels, plus on sera capable de les limiter et d’établir des politiques de conservation bien informées. »


Audrey-Maude Vézina est détentrice d’un baccalauréat en physique de l’Université Laval. Elle avait « plus envie de parler de recherche que de la faire », alors elle s’est réorientée en journalisme scientifique. Elle est lauréate de la bourse Fernand-Séguin 2018. Elle a contribué au site web du magazine parisien La Recherche. Ses thèmes de prédilection sont l’environnement et la biodiversité. 

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