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Aider les caribous grâce à la modélisation

03.07.19

Un article d’Audrey-Maude Vézina


En avril dernier, le ministre des forêts, de la faune et des parcs présentait l’élaboration d’une stratégie de conservation des caribous. Depuis plusieurs années, des actions sont prises, comme le contrôle des prédateurs, pour freiner le déclin de l’espèce. Mais quel est l’effet de ces interventions sur le long terme ?

Une relation mathématique

Afin de déterminer si les actions de conservation augmenteront la population des caribous, trois chercheurs ont créé un modèle mathématique. Parmi eux, Martin-Hugues St-Laurent, professeur au Département de biologie, chimie et géographie à l’Université du Québec à Rimouski. Le modèle prédit la croissance des populations de caribous selon les actions de conservation. « Avec la situation précaire des caribous, on ne peut pas nécessairement tester des approches de rétablissement en prenant le risque de choisir la mauvaise, et de perdre 5 ou 10 ans à la tester alors que la population décline », soutient-il.

Avec les différents scénarios évalués, les chercheurs peuvent cibler les combinaisons de stratégies les plus prometteuses. Le modèle mathématique considère la relation entre trois espèces : le caribou, ses prédateurs, et les proies alternatives. « Si on travaille juste avec le caribou, on n’arrivera pas à comprendre le mécanisme », prévient Martin-Hugues St-Laurent.

Une interaction complexe

Les populations de caribous sont liées à celles des proies alternatives comme l’orignal et le cerf de virginie. Avec des feux ou des coupes forestières, la forêt se renouvèle et génère de nouvelles ressources. Ce renouvellement favorise l’augmentation des proies alternatives. Ils produisent plus de jeunes avec un fort taux de survie, contrairement aux caribous. « L’orignal produit un à deux jeunes par année, le cerf de virginie en produit un à trois, alors que le caribou n’a qu’un jeune par année, même parfois aucun », souligne le biologiste. Le nombre de proies alternatives augmente. Cela entraîne une hausse des prédateurs comme les loups. Ces derniers pourront alors chasser le caribou. Et même si la population de caribous diminue, le nombre de loups restera élevé puisqu’ils peuvent se nourrir des autres proies.

Une piste de stratégies

Martin-Hugues St-Laurent et ses collègues ont étudié la relation entre les caribous, leurs prédateurs et les proies alternatives. Ils ont découvert des informations intéressantes. Entre autres, le modèle a montré que le contrôle des prédateurs est efficace s’il est soutenu dans le temps. Ils ont aussi démontré que les enclos de maternité constituent une intervention prometteuse. En effet, les faons sont très vulnérables durant les premières semaines de leur vie. La prédation des petits par les ours contribue au déclin des populations de caribous. Les simulations indiquent aussi que la restauration de l’habitat doit être faite de façon plus intensive. En effet, les réaménagements mineurs avaient peu d’effets sur la croissance des caribous.

Martin-Hugues et ses collègues ont partagé le modèle et ses conclusions aux décideurs. « Le gouvernement du Québec ne peut pas réagir à une vitesse aussi rapide, donc on attend de voir vers quoi on pourrait s’en aller, mais ils l’ont entre les mains », annonce le chercheur. Ces nouvelles connaissances sur l’efficacité des interventions permettront peut-être de renverser le déclin et sauver les caribous.


Audrey-Maude Vézina est détentrice d’un baccalauréat en physique de l’Université Laval. Elle avait « plus envie de parler de recherche que de la faire », alors elle s’est réorientée en journalisme scientifique. Elle est lauréate de la bourse Fernand-Séguin 2018. Elle a contribué au site web du magazine parisien La Recherche. Ses thèmes de prédilection sont l’environnement et la biodiversité.

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