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Le patrimoine n’a plus de contours précis et n’a plus de frontière. L’expression du «tout patrimoine» résumerait d’ailleurs le constat posé depuis quelques années. L’extension de la notion aurait entraîné un flou conceptuel et, possiblement, un relativisme patrimonial. «À chacun son patrimoine», pourrait-on désormais affirmer sans ambages. Si la formule démocratique apporte son lot d’heureuses réalités, elle complexifie considérablement les conditions de patrimonialisation. Les valeurs traditionnellement utilisées pour juger de l’importance des objets sont, en effet, difficilement transposables dans les nouveaux contextes. Les outils réglementaires pensés par l’institution patrimoniale semblent parfois désuets. Tout doit alors être remis en cause pour s’accorder aux paramètres renouvelés. Était-ce plus simple avant, quand le patrimoine s’appelait monument historique ou œuvre d’art? Lorsque les experts savaient départager le bon grain de l’ivraie, identifier le beau du laid, valoriser la rareté du commun et encenser le bien contre le mauvais?

Les articles réunis dans ce collectif ont choisi de prendre le contre-pied du constat globalisant. La profusion des objets et des pratiques dénote, au contraire, la très grande sensibilité de nos contemporains envers ce qu’ils sont, ont été et veulent être. Du Québec à la France, en passant par les États-Unis, la Roumanie et le Viêt-nam, les chercheurs convoqués pour cet ouvrage ont arpenté bien des territoires. Ils explorent avec le même zèle trois facettes du patrimoine et de la patrimonialisation: les paysages urbains, les médiateurs et les interprétations. Les thèmes abordent l’architecture et l’aménagement des villes. Ils touchent aussi les acteurs par un regard sur les communautés migrantes, les collectionneurs et les militants. Ils traitent enfin de discours par la commémoration et les hauts lieux de la patrimonialisation, de même que par l’imagerie et les représentations patrimoniales.

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