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Briser les coraux pour mieux les reconstruire

28.11.19

Un article d’Audrey-Maude Vézina


Les grands murs colorés où se côtoient des coraux de toutes les formes constituent une attraction importante pour les amateurs de plongée. C’est aussi un havre de paix pour des millions d’espèces sous-marines. Couvrant moins de 1 % de la surface océanique, les récifs abritent le quart de la vie marine. Leur rôle essentiel explique pourquoi le déclin de ces petits squelettes de calcium inquiète. En effet, la couverture corallienne aurait diminué de 50 à 80 % au cours des trois dernières décennies seulement.

Les causes de dommages sont nombreuses et l’humain en est une. Les émissions de CO2 anthropique relâché dans l’atmosphère atteignent les océans et réagissent avec l’eau pour former un acide carbonique qui érode les coraux. En plus de cette acidification des eaux, une augmentation de température et de luminosité entraînent le blanchiment des coraux. À cela s’ajoutent des maladies dues au contact avec les plastiques, la surpêche et d’autres facteurs de stress comme le passage des bateaux.

Stimuler la croissance…

Les coraux grandissent trop lentement pour compenser tous les dommages. Mais il n’est pas trop tard pour corriger la situation. Des chercheurs américains ont réussi à accroître le rythme de croissance des coraux en utilisant des procédés naturels dans le cycle des coraux : la fragmentation et la fusion. Ce sont des éléments clés de la résilience aux perturbations. En effet, les coraux se fragmentent pour diverses causes allant de la prédation à l’érosion par les vagues. De son côté, la fusion est une stratégie précieuse pour les petits récifs. En poussant ensemble, ces portions de corail bénéficient d’un meilleur accès aux ressources partagées. Elles ont aussi un avantage compétitif en occupant plus d’espace. 

Les biologistes du Mote Marine Laboratory & Aquarium, basé en Floride, stimulent la croissance des tissus coralliens en fragmentant les coraux à l’aide d’une scie spécialisée. Ainsi, les coraux grandissent 40 à 50 fois plus vite que dans la nature. Les chercheurs affirment pouvoir faire en seulement un ou deux ans ce qui prendrait des centaines d’années à la nature. Les fragments placés dans les réservoirs sont des petits clones d’un même corail. En grandissant, ils se reconnaissent les uns les autres et fusionnent au lieu de se battre pour les ressources. Après 4 à 12 mois, les coraux adultes seraient prêts à être plantés dans l’océan. 

La découverte était fortuite. David Vaughan, gestionnaire du programme de restauration des récifs coralliens du laboratoire Mote, avait accidentellement brisé un morceau de corail qui s’était attaché au fond du bassin. Le biologiste marin ne s’y était pas attardé pensant que le spécimen allait mourir. Une semaine plus tard, il s’est aperçu que ce petit morceau de corail, encore vivant, avait grandi à un rythme surprenant.

… et l’optimiser

Depuis cette réalisation, les travaux de restauration s’enchaînent et les chercheurs mènent des études. Ils veulent déterminer la taille, la forme et la saison optimales pour planter les fragments de corail sur les récifs endommagés. Et l’analyse se fait dans une optique de changements climatiques. En effet, l’idée est d’optimiser la restauration pour des océans plus chauds et plus acides pour ressembler aux prédictions. Les scientifiques ne perdent pas espoir pour la survie de ces barrières colorées.


Audrey-Maude Vézina est détentrice d’un baccalauréat en physique de l’Université Laval. Elle avait « plus envie de parler de recherche que de la faire », alors elle s’est réorientée en journalisme scientifique. Elle est lauréate de la bourse Fernand-Séguin 2018. Elle a contribué au site web du magazine parisien La Recherche. Ses thèmes de prédilection sont l’environnement et la biodiversité. 

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