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Faut-il abolir les genres dans les sports?

14.11.19

Mon œil, une série de billets signés Mathieu-Robert Sauvé


L’athlète sud-africaine Caster Semenya écrase la compétition au 800 mètres depuis 2009. Double championne olympique et triple championne du monde à cette épreuve, elle a porté le drapeau de son pays à la cérémonie d’ouverture des Jeux de Londres, en 2012. Sauf que sa présence dans les compétitions féminines est de plus en plus contestée. On lui reproche son hyperandrogénie, une condition causée par un haut taux d’hormones mâles. Elle serait en fait un peu trop « homme » parmi les femmes.

Faut-il abolir les genres dans les sports? « C’est la question du siècle », lance en soupirant Suzanne Laberge, sociologue des sports. Il y a de bons arguments pour le faire, mais cette question va poser problème dans les fédérations sportives et au Comité international olympique qui, actuellement, marchent sur des œufs en cette matière.

Si on se réveillait dans 100 ans et qu’on assistait aux Jeux olympiques, verrions-nous toujours des compétitions divisées selon le genre? « Tous les scénarios sont possibles, répond la spécialiste. On pourrait voir des épreuves mixtes, d’autres non mixtes. Probablement que, si la tendance se maintient, ce sont les arguments économiques qui dicteront les choix… »

Pour François Prince, professeur à la Faculté de médecine de l’Université de Montréal et coordonnateur Équipe de soutien intégré de Boccia Canada, « cette question est vraiment épineuse, car le débat public s’oriente vers l’inclusion à tout prix. Mais jusqu’où irons-nous? » Il mentionne qu’une athlète canadienne, Melissa Bishop, a raté le podium de peu aux Jeux de Rio, en 2016, à l’épreuve du 800 m. Celle qui a remporté l’or est… Caster Semenya.

Même si celle-ci est toujours autorisée à concourir avec les femmes, son intersexualité défie les définitions binaires habituelles qu’on donne aux sexes. La Fédération internationale d’athlétisme a statué l’an dernier que l’on ne jugerait plus des sexes en vertu de leurs organes, mais en fonction du taux de testostérone dans le sang. Selon le journal L’Équipe, la limite de testostérone a été fixée à 5 nanomoles/l de sang pour les athlètes participant à des épreuves comprises entre le 400 et le 1000 mètres. « À partir du 1er novembre 2018, une athlète avec un taux supérieur à cette limite devra utiliser des médicaments pour le réduire artificiellement », peut-on lire. De l’antidopage, en quelque sorte.

Appuyée par sa fédération, Caster Semenya a contesté le règlement. Selon des chercheurs britanniques, baisser son taux d’hormones pourrait lui faire perdre 7 secondes au 800 m, une petite éternité au chrono.

Actuellement, les sports de haut niveau où les deux sexes sont également considérés sont rares. Pour participer aux épreuves olympiques d’équitation, les pays peuvent présenter les cavaliers de leur choix, peu importe leur sexe. Du côté du patinage artistique, hommes et femmes prennent part également aux épreuves. Suzanne Laberge mentionne que ces compétitions se distinguent de la plupart des autres sports, car elles font appel, en partie, à des jugements en plus des critères objectifs.


Journaliste et auteur, Mathieu-Robert Sauvé a signé des textes dans une quinzaine de publications dont L’actualité, Le Devoir, La Presse et Québec science et publié des essais et biographies chez Boréal, VLB, Québec Amérique, XYZ et MultiMondes. Il a remporté plusieurs prix de journalisme et d’écriture. Reporter à Forum de l’Université de Montréal depuis 1988 et rédacteur en chef du magazine Les diplômés, de 2015 à 2017, il a été chroniqueur scientifique aux émissions L’après-midi porte conseil, La nuit qui bat et Médium large à la Première chaîne de Radio-Canada, et blogueur à l’Agence Science-Presse. Il a présidé l’Association des communicateurs scientifiques du Québec de 2008 à 2012 et participé à de nombreux jurys.

Le nom de sa série de billets chez MultiBlogues, Mon œil, fait allusion à son regard sur l’actualité, mais c’est aussi l’expression du scepticisme nécessaire.

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