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MultiBlogues

Le Québec a besoin d’un musée de l’évolution

22.08.19

Mon œil, une série de billets signés Mathieu-Robert Sauvé


« Le Québec a besoin de musées de sciences naturelles », affirme Georges Brossard dans une entrevue vidéo où il exprime son soutien aux fondateurs du Musée de la paléontologie et de l’évolution du Québec. L’entomologiste décédé le 26 juin dernier livre ici un témoignage en faveur de l’existence d’un site permanent de conservation et d’éducation dont l’importance pourrait se comparer, selon lui, au Biodôme, à l’Insectarium et au Jardin botanique de Montréal. « Il y aura certains des plus beaux fossiles du monde réunis là grâce à ces collectionneurs qui vont faire don de leurs collections pour le profit des Québécois », affirme-t-il avec conviction.

Il y a longtemps que des biologistes québécois tentent d’attirer l’attention du public sur une lacune dans nos infrastructures scientifiques: l’absence d’une adresse permanente pour les collections d’histoire naturelle. Il y a plus de 20 ans, Pierre Brunel déplorait le fait qu’aucune institution d’ici n’était en mesure d’accueillir sa collection d’invertébrés du Saint-Laurent, comptant plus de 2000 spécimens. « Selon différentes sources, me confiait ce spécialiste de la biodiversité marine, de 10 à 100 espèces d’invertébrés disparaissent chaque jour de nos océans à cause de la pollution et de phénomènes naturels. C’est énorme. Mais on ne connaît pas la plupart de ces animaux. »

De précieuses collections à risque

Pour les connaître, il faut les identifier, et pour les identifier, il faut entreposer les spécimens récoltés dans de bonnes conditions de conservation. Or, en l’absence de tels lieux, de nombreuses collections risquent de disparaître avec leurs responsables. Quand un chercheur prend sa retraite, ses classeurs et bibliothèques sont souvent orphelines. Faute de relève, toute une bibliothèque biologique se perdra.

Il est presque impossible d’évaluer la quantité des artéfacts d’intérêt scientifique conservés ici et là par les collectionneurs québécois. Mais des recherches menées dans les années 90 par le gouvernement canadien, par la Société canadienne de zoologie et par M. Brunel lui-même ont retracé 41 collections majeures comptant de quelques centaines à deux millions d’échantillons. La plupart de ces collections ont été constituées par des universitaires, professeurs et étudiants, qui s’en servaient pour leurs travaux. Plusieurs y ont travaillé durant toute leur carrière, bonifiant la collection au rythme de leurs voyages et y consacrant une somme inestimable d’heures.

Au Québec, on trouve des traces de la vie sur Terre bien longtemps avant l’apparition des dinosaures. Le Musée de la paléontologie et de l’évolution suggère de les regrouper afin d’offrir au public de les observer. Souhaitons que l’appel ultime du grand Georges Brossard soit entendu.


Journaliste et auteur, Mathieu-Robert Sauvé a signé des textes dans une quinzaine de publications dont L’actualité, Le Devoir, La Presse et Québec science et publié des essais et biographies chez Boréal, VLB, Québec Amérique, XYZ et MultiMondes. Il a remporté plusieurs prix de journalisme et d’écriture. Reporter à Forum de l’Université de Montréal depuis 1988 et rédacteur en chef du magazine Les diplômés, de 2015 à 2017, il a été chroniqueur scientifique aux émissions L’après-midi porte conseil, La nuit qui bat et Médium large à la Première chaîne de Radio-Canada, et blogueur à l’Agence Science-Presse. Il a présidé l’Association des communicateurs scientifiques du Québec de 2008 à 2012 et participé à de nombreux jurys.

Le nom de sa série de billets chez MultiBlogues, Mon œil, fait allusion à son regard sur l’actualité, mais c’est aussi l’expression du scepticisme nécessaire.

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