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Les effets des contaminants sur les écosystèmes aquatiques

14.08.19

Un article d’Audrey-Maude Vézina


Pesticides, pétrole, shampoings. Le Canada utilise près de 23 000 produits chimiques. Pour la majorité d’entre eux, on ne connait pas encore leurs effets sur l’environnement. « Ils ne peuvent pas encore être réglementés, car on ne sait pas s’ils sont toxiques ou non. C’est pourquoi on essaie de les évaluer », résume Valérie Langlois, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en écotoxicogénomique et perturbation endocrinienne et professeure-chercheuse à l’INRS.

La chercheuse étudie l’effet des produits chimiques à petite dose sur les animaux aquatiques. « On utilise des outils moléculaires pour comprendre les mécanismes d’action des contaminants dans les cellules », explique Valérie Langlois.

Des perturbations hormonales

Les perturbateurs endocriniens font partie des produits chimiques étudiés par la chercheuse. Ils affectent la communication entre les cellules. En effet, ces substances miment les hormones du corps qui servent habituellement de messagères aux cellules. Les perturbateurs endocriniens ont une structure moléculaire qui leur permet, entre autres, de s’attacher aux récepteurs de nos cellules. Les molécules du perturbateur peuvent enclencher inutilement la fonction de la cellule. Mais elles peuvent aussi bloquer le récepteur et empêcher une hormone de porter son message.

Valérie Langlois a étudié les perturbateurs endocriniens au niveau des grenouilles. Quand l’animal se développe, il devient un mâle ou une femelle. Mais une substance chimique peut déséquilibré la concentration des hormones vers les estrogènes. Ainsi, plus de têtards deviendraient des femelles. « C’est ce qu’on observe avec les pesticides comme l’atrazine. Lorsque cet herbicide se trouve en petite concentration dans l’eau, les populations d’amphibiens peuvent se féminiser », constate la professeure-chercheuse.

Si la perturbation hormonale est présente chez le poisson, elle pourrait se retrouver chez d’autres animaux. « Tous les vertébrés ont les mêmes hormones, du poisson à l’humain. Mais ce n’est pas parce qu’il y a un effet chez le poisson qu’on va le voir chez l’humain », prévient Valérie Langlois.

L’expérimentation

La chercheuse utilise un logiciel de modélisation pour déterminer où les produits chimiques s’accumuleront dans l’environnement. « Par exemple, si on déverse 100 litres d’une substance donnée, on pourra estimer que 50 % resteront dans l’eau, 20 % iront dans l’air et 30 % iront dans le sol. Avec ces informations, on peut mieux construire l’expérience. »

Mais Valérie Langlois peut aller chercher encore plus d’informations. Grâce à la chimie, elle peut savoir si le produit s’accumulera dans l’animal. « Certaines molécules vont préférer le gras à l’eau. Et les cellules de notre corps sont entourées de gras. On peut déduire que ces contaminants qui s’associent davantage au gras pourront s’accumuler dans les tissus. »

L’étude des effets de produits chimiques sur nos écosystèmes est utile, mais ce n’est pas suffisant de regarder l’effet individuel. Valérie Langlois cherche également à connaitre l’effet des contaminants lorsqu’ils sont mélangés. « Un contaminant à la fois peut perturber l’environnement, mais qu’est-ce qui arrive quand on a une soupe, un mélange ? », se questionne la chercheuse. Certains produits vont s’amplifier entre eux, alors que d’autres vont s’atténuer. Valérie Langlois espère que les nouvelles informations sur les contaminants et leurs actions sur les cellules conduiront à une meilleure réglementation afin de protéger la santé de l’environnement.


Audrey-Maude Vézina est détentrice d’un baccalauréat en physique de l’Université Laval. Elle avait « plus envie de parler de recherche que de la faire », alors elle s’est réorientée en journalisme scientifique. Elle est lauréate de la bourse Fernand-Séguin 2018. Elle a contribué au site web du magazine parisien La Recherche. Ses thèmes de prédilection sont l’environnement et la biodiversité.

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Une réponse à «Les effets des contaminants sur les écosystèmes aquatiques»

Excellent article, nos encouragements et félicitations, pouvons-nous recevoir fréquemment vos newsletter ... Bien cordialement, Omar Massounnah NGOM, depuis Dakar (SÉNÉGAL 🇸🇳).

—  Par NGOM Omar Massounnah, le 20.08.2019