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Libérez-nous des vieux barrages!

01.08.19

Mon œil, une série de billets signés Mathieu-Robert Sauvé


Sur la rivière Bazin, en Haute-Mauricie, un groupe de canoteurs a observé l’an dernier un paysage surprenant à l’approche du 80e kilomètre. « La rivière coule dans un lit rocheux, peu végétalisé. Honnêtement, c’est un peu lunaire », rapporte François Chevrier, de Saint-Côme, qui faisait partie du groupe. Mais, ajoute-t-il, « quand on sait que la nature est en train de reprendre ses droits, on apprécie cette section de rapides de classe 1 et 2 sur quatre kilomètres. Dans quelques années, ça ne paraîtra plus. »

La raison de cette modification hydrographique, c’est le démantèlement, à l’automne 2017, d’un ouvrage construit à cet endroit dans les années 1950. L’eau, qui noyait une partie du bassin, a retrouvé son lit après sept décennies.

La centrale a produit de l’électricité pour la ville de Parent pendant 10 ans, à partir de 1956, avant d’être fermée définitivement. Mais la structure, comptant 14 200 m³ de béton, était toujours en place. Hydro-Québec a décidé de procéder à sa destruction. Cout de l’opération : 2,7 millions. On peut voir les photos du démantèlement sur le site.

« Déconstruire des barrages inutilisés, c’est une bonne chose pour nous, mais aussi pour l’environnement », résume Pierre Marquis, chargé de projet à la Fédération québécoise du canot et du kayak.

Peu de démantèlements de barrages au Québec

En effet, permettre aux rivières de retrouver leur débit naturel, c’est une bonne nouvelle pour l’écologie. Mais le Québec pourrait faire mieux. C’est seulement le 9e ouvrage désuet en 15 ans à être démantelé de la sorte par Hydro-Québec. La « Dam removal » est pourtant un des chevaux de bataille des écologistes américains. Depuis un siècle, les voisins du Sud ont démoli plus de 1300 barrages considérés désuets ou dangereux. Pour l’année 2017 seulement, 72 barrages y ont passé. Le plus gros projet de l’histoire américaine (plus d’un milliard de dollars) est en cours sur la rivière Kammath en Californie. D’ici 2020, on aura supprimé quatre gigantesques barrages sur 450 kilomètres de cette rivière et réintroduit des salmonidés sur leurs sites naturels de frai et de ponte.

Rien de tel sur nos latitudes. À Hydro-Québec, la porte-parole Lynn St-Laurent rapporte la position de la société : « Pour l’instant, nous n’avons pas de projet de démantèlement au calendrier. »

Des barrages en fin de vie

L’histoire des barrages du Québec est liée à son évolution techno-industrielle. D’abord installés pour faciliter le flottage du bois au début du 19e siècle, les barrages et digues ont ensuite servi au contrôle des inondations avant d’être la clé de voute de la production d’électricité. Aujourd’hui, des milliers de barrages sont encore en place et nuisent aux écosystèmes naturels, en plus de causer des soucis de sécurité publique. Une bonne partie d’entre eux sont en fin de vie et, compte tenu des changements climatiques, ils pourraient être mal adaptés aux précipitations abondantes qui font monter le niveau des cours d’eau de façon imprévisible. Une équipe du bureau d’enquête du Journal de Montréal a montré récemment qu’une vingtaine de barrages privés devraient être réparés sans tarder.

Le critère de sécurité est d’ailleurs la première raison pour laquelle Hydro-Québec a procédé au démantèlement du barrage de Parent. La société d’État a sous sa responsabilité plus de 600 ouvrages et elle se fait rassurante quand on lui demande lesquels seront démantelés : « Ces décisions sont évaluées sur une base régulière. »


Journaliste et auteur, Mathieu-Robert Sauvé a signé des textes dans une quinzaine de publications dont L’actualité, Le Devoir, La Presse et Québec science et publié des essais et biographies chez Boréal, VLB, Québec Amérique, XYZ et MultiMondes. Il a remporté plusieurs prix de journalisme et d’écriture. Reporter à Forum de l’Université de Montréal depuis 1988 et rédacteur en chef du magazine Les diplômés, de 2015 à 2017, il a été chroniqueur scientifique aux émissions L’après-midi porte conseil, La nuit qui bat et Médium large à la Première chaîne de Radio-Canada, et blogueur à l’Agence Science-Presse. Il a présidé l’Association des communicateurs scientifiques du Québec de 2008 à 2012 et participé à de nombreux jurys.

Le nom de sa série de billets chez MultiBlogues, Mon œil, fait allusion à son regard sur l’actualité, mais c’est aussi l’expression du scepticisme nécessaire.

Lisez aussi son billet Hydroélectricité : les rivières ont assez donné! sur un sujet relié.

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