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Les érablières du Québec sont là pour rester

08.04.19

Un article d’Audrey-Maude Vézina


La forêt s’étend à perte de vue. Au loin, un chalet en bois rond se dresse parmi les érables. Le bruit des gouttes tombant dans de petites chaudières métalliques entretient l’ambiance festive. Chaque année, des milliers de Québécois visitent des cabanes à sucre en famille ou en amoureux. L’activité est partie intégrante de notre culture.

Mais avec les changements climatiques, plusieurs questionnent le futur de cette belle tradition. Au grand bonheur des amoureux de sirop, les érablières du Québec continueront de produire en abondance leur eau sucrée.

Selon Daniel Houle, chercheur à la direction de la recherche forestière du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs du Québec (MFFP) et coordonnateur pour le programme Ressources forestières chez Ouranos, le dérèglement climatique peut avoir des effets autant positifs que négatifs. « Une température estivale plus chaude amènera davantage d’énergie. Les feuilles apparaîtront de façon précoce. Nous assisterons donc à une saison de croissance plus longue », affirme-t-il. À l’inverse, si les sécheresses se multiplient, l’arbre ne grandira pas autant par manque d’eau.

La production du sirop

Afin de mieux comprendre les effets variés des changements climatiques sur la saison des sucres, il faut connaître le processus de production de l’eau d’érable. Durant la saison estivale, l’arbre va stocker le sucre sous forme d’amidon dans ses racines et croître. Au printemps, l’érable sécrète une enzyme qui divise l’amidon en sucre plus simple. Ce dernier se retrouve ensuite dans l’eau d’érable. Avec l’alternance de gel et de dégel, ce liquide sucré monte dans le tronc et s’y accumule. Une pression se forme alors à l’intérieur de l’arbre. Celle-ci permet à l’eau d’érable de s’écouler lorsque l’on perce un trou dans le tronc.

Les effets du climat

Le cycle gel-dégel est essentiel à la production. Ce sera aussi l’élément le plus affecté par les changements climatiques. Pas de panique! Le sirop d’érable québécois n’est pas en danger. « Nos modèles climatiques prévoient le même nombre d’événements de gel et de dégel. Ils vont simplement se produire de plus en plus tôt dans la saison », rassure le chercheur.

En plus de devancer la période de coulée, le climat changeant va déplacer la zone propice aux érables vers le nord. « L’aire de distribution des érables est régie par la température moyenne et les précipitations. C’est une sorte d’enveloppe climatique », explique Daniel Houle. Les simulations indiquent que les régions plus au sud deviendront inappropriées pour la croissance des érables. « Le sud des États-Unis ne pourra probablement plus produire de sirop dans 100 ans. Les hivers seront trop doux alors il n’y aura pas suffisamment de cycle de gel et de dégel pour déclencher la coulée », poursuit-il.

Heureusement, la frontière de la zone favorable à la croissance de l’arbre se trouve bien au sud du Québec. Nos érables continueront donc de produire ce liquide doré que l’on raffole tant. Daniel Houle pense que le réchauffement entraînera simplement une modification culturelle. Les Québécois devront devancer leur sortie à la cabane à sucre. Qui sait, l’eau d’érable pourra peut-être se faire entendre à la mi-février.


Audrey-Maude Vézina est détentrice d’un baccalauréat en physique de l’Université Laval. Elle avait « plus envie de parler de recherche que de la faire », alors elle s’est réorientée en journalisme scientifique. Elle est lauréate de la bourse Fernand-Séguin 2018. Elle a contribué au site web du magazine parisien La Recherche. Ses thèmes de prédilection sont l’environnement et la biodiversité.

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