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fonte des glaces

Les conséquences insoupçonnées de la fonte des glaces

20.03.19

Un article d’Audrey-Maude Vézina, nouvelle collaboratrice chez MultiBlogues


La mise à jour annuelle de Climate Action Tracker prévoit un réchauffement de 3,0 °C d’ici 2100, soit deux fois la limite de 1,5 °C convenue par l’accord de Paris en 2016, et ce, même si tous les gouvernements atteignent leurs objectifs climatiques. Résultat : une fonte accélérée des calottes glaciaires du Groenland et de l’Antarctique. Une nouvelle étude parue dans la revue Nature décrit les effets de ce dégel pour la première fois. « De nombreuses simulations considèrent uniquement une augmentation du niveau de la mer, mais c’est bien plus que cela », déclare Natalya Gomez, professeure au département des sciences de la Terre et des planètes de l’Université McGill ayant contribué au modèle.

Les effets océaniques

Même si la hausse des océans ne sera pas la seule conséquence de la fonte, elle demeure importante. En effet, les auteurs estiment une élévation de 25 centimètres d’ici 2100. Et celle-ci ne sera pas uniforme. « La mer ne se remplira pas comme un bain, prévient Natalya Gomez. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, le niveau diminue près des calottes glaciaires. Ces grandes masses exercent une attraction sur l’eau qui les entourent, mais en fondant, leur force gravitationnelle s’affaiblit. Et puisque le volume océanique total est conservé, cette baisse sera compensée par une augmentation plus loin des glaces. »

La fonte modifie la hauteur de l’océan, mais aussi sa distribution de chaleur. En effet, l’eau douce provenant des glaciers forme une mince couche sur la mer, un peu comme le fait l’huile sur l’eau. Cette séparation à la surface de l’océan empêche la chaleur de s’échapper. Elle se répand alors latéralement à l’interface. Cela contribue à la fonte des calottes glaciaires.

Les répercussions sur la biodiversité marine

Même si l’eau douce flotte sur la mer, la circulation océanique l’amènera plus en profondeur. Cet apport diluera le sel présent dans l’océan. Ce changement de salinité aura des conséquences sur les espèces marines. « Les animaux touchés en premier seront ceux qui vivent près de la surface. Par exemple, les phytoplanctons sont des plantes, alors ils ont besoin de lumière. Or, l’endroit où il y en aura le maximum sera probablement dans la couche d’eau douce créée par la fonte. Cela déclenchera un effet domino dans la chaîne alimentaire : les zooplanctons, qui se nourrissent de phytoplanctons, seront affectés et ainsi de suite », explique Philippe Archambault, professeur au département de biologie de l’Université Laval.

Outre le changement de salinité, l’eau de fonte, plus chaude, entraînera une augmentation de la température dans les régions nordiques. D’après le biologiste, cela attirera des espèces envahissantes. « Certains animaux qui vivent plus au sud pourront s’installer au nord, car les conditions leur seront devenues favorables. Ces déplacements modifient l’équilibre des écosystèmes. C’est ce qui s’est produit avec l’arrivée des épaulards dans la Baie d’Hudson. Ces baleines chassent les phoques nécessaires aux communautés Inuits. »

Les conséquences de la fonte sont inévitables, mais les chercheurs de l’étude considèrent qu’une réduction des émissions de gaz à effet de serre diminuera leur ampleur.


Audrey-Maude Vézina est détentrice d’un baccalauréat en physique de l’Université Laval. Elle avait « plus envie de parler de recherche que de la faire », alors elle s’est réorientée en journalisme scientifique. Elle est lauréate de la bourse Fernand-Séguin 2018. Elle a contribué au site web du magazine parisien La Recherche. Ses thèmes de prédilection sont l’environnement et la biodiversité.

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